Les Trois Coups » Critiques 2008-2009

Les Trois Coups

Le seul journal quotidien du spectacle vivant

Archive for the 'Critiques 2008-2009' Category

L’Avare (critique), Théâtre des Quartiers-d’Ivry à Ivry

Posted by lestroiscoups on 8th janvier 2009

l’Avare

Harpagon transfiguré

Qui ne connaît « l’Avare » et quelques-unes de ses répliques cultes ? Comme une farce aux multiples rebondissements et aux accents de commedia dell’arte, où Molière vieillissant se gausse des « avaricieux »… Que nenni ! Nicolas Liautard nous en livre une lecture beaucoup plus grave. Et nous fait goûter un comique retenu qui confine au tragique.

Quand une pièce aussi jouée que l’Avare est montée en même temps dans plusieurs salles de Paris, nous sommes en droit de nous demander si le théâtre ne bégaie pas un petit peu. Et à quoi bon aller revoir une énième fois cette pièce archi-connue ? Valeur sûre, choix facile, succès assuré… Et c’est sur ce point que la mise en scène de Nicolas Liautard, venu de la Scène Watteau, joue la surprise. N’allez pas voir les autres, même si nos confrères vous en ont dit du bien, l’interprétation incontournable du moment est aux Théâtre des Quartiers-d’Ivry.

Olivier Pradel

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Sa Majesté des mouches (critique), Théâtre 13 à Paris

Posted by lestroiscoups on 8th janvier 2009

© Steve Wells

L’île de la dépravation

Une dizaine d’enfants britanniques rescapés d’un accident d’avion sur une île déserte s’invente une société pour survivre. Chacun se raccrochant à ses maigres valeurs, deux « courants » s’opposent bientôt : ceux qui veulent « faire couler le sang du cochon » et ceux qui veulent faire des assemblées. Texte un peu schématique, soucieux de faire fonctionner son allégorie sans plus de finesse, mais servi avec une énergie et une invention réjouissantes.

Lorsque Ralph et un gamin asthmatique et myope de son âge se découvrent rescapés d’un accident d’avion, ils ne savent rien et sont perdus : plus personne n’est là pour leur dire quoi faire. Ils trouvent une conque, et Ralph, en soufflant dedans, sonne ainsi le rassemblement des rescapés, tous des enfants ou jeunes adolescents – des garçons. Ils doivent s’organiser pour survivre et attendre des secours : tel est l’avis de Ralph. Mais Jack, chef de chorale et aspirant chef tout court, a une autre envie, car en effet : plus personne n’est là pour dire quoi faire !

Hervé Charton

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Dieu comme patient (critique), Théâtre des Abbesses à Paris

Posted by lestroiscoups on 8th janvier 2009

Une aventure déroutante

© Brigitte EnguérandQuand je vis la proposition d’invitation pour « Dieu comme patient », ma curiosité fut immédiatement piquée. Comment diable pouvait-on mettre en scène la poésie de Lautréamont ? Selon quel découpage ? Il fallait absolument que je voie ce spectacle pour en avoir le cœur net, et aussi pour tenir à l’œil ceux qui, dans leur folle outrecuidance, jouaient avec une poésie qui compte parmi les plus révoltées qui furent jamais portées à la publication. Alors ? me direz-vous. Eh bien, aussi fou que cela paraisse, je ne parviens pas à trancher. Car, si la violence et la poésie du texte sont totalement perdues malgré un découpage intéressant, le travail de mise en scène et de scénographie est une mine de trouvailles originales et astucieuses. Celles-ci sauvent heureusement le spectacle d’un intellectualisme d’apparat, pauvre et malhabile.

Jeune, j’aimais la poésie de sang. Celle qui, distillation brutale de la souffrance du poète, n’atteint le sublime que par un éclairage au néon, cru, froid et chirurgical. La brèche me fut ouverte par Baudelaire. Puis vint Bukowski, qui révolutionna totalement mes conceptions poétiques. Enfin, ce fut la rencontre avec l’écriture de Ducasse et son alter ego Maldoror. Ce personnage complexe et fantasmagorique est celui d’un homme qui, ayant vécu vertueusement pendant la première partie de sa vie, découvre un jour qu’il était né méchant. « Il cacha son caractère tant qu’il put, pendant un grand nombre d’années ; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête ; jusqu’à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta résolûment dans la carrière du mal… atmosphère douce ! »

Lise Facchin

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Kiss D.B. (critique), Théâtre de l’Essaïon à Paris

Posted by lestroiscoups on 7th janvier 2009

© Greg Semu

« Quelle mort à la carte ? »

C’est l’heure de la fin pour la jeune et anonyme D.B. Nous pénétrons dans un lieu ténébreux mais pourtant chaleureux afin d’y entendre ses dernières volontés. Est-il possible de choisir sa mort ? Et quelle mort serait-il préférable d’élire ?

La scène s’ouvre sur un air d’oraison funèbre, que le pianiste-minuteur s’amuse à rendre mélodramatique. Au centre, un cercueil ouvert dans lequel repose une jeune femme aux yeux grands ouverts. Un homme debout, stoïque, lui annonce sa fin, soixante minutes non négociables. Mais les avantages du marketing mortuaire permettent à l’héroïne de choisir sa mort.

Elle sort donc de son cercueil douillet (qui semble étrangement confortable et donnerait presque envie de s’y blottir) pour procéder à l’énumération des possibilités : suicide, tumeur, accident, etc. Que prendrez-vous dans le menu ? Rien, car même si chacune de ces morts est mise en scène et agrémentée selon le contexte d’un morceau de piano jazzy, de guitare ou mandoline, D.B. ne se laissera pas faire…

Louise Pierga

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Solo (critique), Théâtre du Petit-Montparnasse à Paris

Posted by lestroiscoups on 5th janvier 2009

Gentleman Marlon

© Matthieu CseshRien n’est plus joyeux que d’aller au théâtre le 31 décembre ! Une raison supplémentaire s’il en fallait : en ces temps de crise, bien des théâtres ne font pas flamber les prix. Le public ne s’y est pas trompé : la salle affiche complet, et les groupes d’amis, les familles et les solitaires arrivent au Petit Montparnasse, où toutes les places bénéficient d’une très bonne visibilité, pour déguster la dernière – de la saison parisienne – de Ged Marlon avant qu’il ne parte en tournée.

La palette de jeu et la connivence de Ged Marlon avec le spectateur se sont probablement forgées dès ses débuts dans le théâtre, quand il découvre le spectacle de rue avec une troupe d’amis, le Théâtre de la Marguerite, à Antibes. Survient, en 1978, sa rencontre avec Farid Chopel, donnant naissance au spectacle les Aviateurs, repris en 1995 au Théâtre Michel.

Il coécrit, met en scène ou joue de nombreux spectacles comiques, burlesques et visuels, parallèlement à son travail de comédien au théâtre et au cinéma. Entre autres choses, citons son one-man-show au Splendid, en 1990, avec le musicien Reinhardt Wagner, sous le regard complice de Jean-Michel Ribes, qu’il retrouve quelque temps après comme metteur en scène lorsqu’il interprète Brèves de comptoir.

Françoise Siri

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Ô mon bel inconnu… (critique), Opéra de Rennes

Posted by lestroiscoups on 31st décembre 2008

© Laurent Guizard

Une gaieté laborieuse…

Confiant dans la tradition des fêtes et dans la réputation de l’auteur, Sacha Guitry, comme dans celle du compositeur, Reynaldo Hahn, le public était venu nombreux. À défaut de s’en « fourrer jusque là », comme dit le baron de « la Vie parisienne », il espérait au moins une franche partie de détente et de rire. Il n’a eu droit qu’à un honnête divertissement.

Après une ouverture légère et plutôt gaie, lorsque le rideau s’ouvre, on ne peut guère avoir de doute sur ce que l’on va voir. Ce que l’on découvre, c’est un appartement bourgeois où il ne manque pas une moulure, pas un tableau. Côté jardin, la table est mise pour un petit déjeuner. Côté cour, trône un meuble-secrétaire. Au fond, une porte ouverte sur un vestibule laisse entrevoir un perroquet portant chapeaux et manteaux. Trois autres portes donnent sur les chambres de Monsieur, de Madame et de Mademoiselle ; elles ne vont pas tarder à claquer. Nous sommes bien au boulevard.

Jean-François Picaut

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Tom à la licorne (critique), Théâtre Essaïon à Paris

Posted by lestroiscoups on 26th décembre 2008

Tom à la licorne

Hommage ludique à nos amis les livres

Quoi de plus difficile que de donner le goût de la lecture à nos chères têtes blondes en cette époque de haute technologie 3 D. C’est le pari que propose la Compagnie Le Théâtre de l’Imprévu aux spectateurs du Théâtre Essaïon jusqu’au début février avec son spectacle jeune public « Tom à la licorne ». Pari tenu et joliment réussi !

Tom est un petit garçon rêveur, qui, comme beaucoup d’enfants de son âge, passe son temps à la maison, dans sa chambre ou avec sa maman. Dans cet univers clos, Tom s’est créé au quotidien des rituels imaginatifs comblant la solitude. Ainsi, dans sa chambre emplie de livres en tout genre, il se raconte des histoires comme tous les enfants. Mais ces histoires, il les raconte aussi aux… livres !

Angèle Lemort

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Le Ventre de Shakespeare (critique), Théâtre du Voyageur à Asnières

Posted by lestroiscoups on 25th décembre 2008

ventre-monde1.jpg

Les Pieds nickelés de la Renaissance

Ce spectacle invite au voyage. Un vrai, d’abord, qu’il faut effectuer de la gare Saint-Lazare à celle d’Asnières (un train toutes les demi-heures). Là, sur le quai… Oui, vous avez bien lu : quai B même exactement, un grand hangar 1900 abrite les mille et une merveilles de Chantal Melior, chef de troupe et fée. L’autre voyage que vous ferez sera historique et culturel : une plongée dans le monde des tavernes, des alcôves et des champs de bataille de la Renaissance anglaise avec « le Ventre de Shakespeare » présenté, donc en gare d’Asnières, par le Théâtre du Voyageur. Surtout ne pas oublier d’emmener les enfants (je dirais à partir de huit ans). Rires et émerveillements garantis.

Olivier Pansieri

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La Ménagerie de verre (critique), Théâtre des Marronniers à Lyon

Posted by lestroiscoups on 19th décembre 2008

© Michel Cavalca

 Tennessee Williams revisité !

Hier soir au Théâtre des Marronniers de Lyon, on pouvait voir une représentation de la pièce qui a rendu Tennessee Williams célèbre en 1945, « la Ménagerie de verre ». Pièce de la cruauté par excellence, la Compagnie Le Songe d’une planche à vif nous en réservait une mise en scène surprenante et très rythmée.

La Ménagerie de verre raconte une histoire de famille terrible. Cela se passe aux États-Unis dans les années trente. Le père, travaillant à la Compagnie du téléphone s’est spécialisé dans les « longues distances ». Comprenez qu’il a fui sans laisser d’adresse et qu’il n’a envoyé qu’une carte postale en seize ans. Il a laissé ses deux enfants, Laura et Tom, entre les mains de leur mère Amanda, totalement détruite par l’échec de sa vie et littéralement terrifiante avec sa progéniture. Elle est folle, pour ne pas dire hystérique. Elle vit dans le souvenir de ce qu’elle a été, avant de le rencontrer lui, avant qu’ils existent eux.

Maud Sérusclat

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Page 157 (critique), Théâtre Essaïon à Paris

Posted by lestroiscoups on 19th décembre 2008

page157-monde.jpg

Polar absurde

C’est de cette manière que Serge Lalou, metteur en scène, définit « Page 157 » : un polar absurde. Drôle de définition. Drôle de définition pour une pièce plutôt indéfinissable, qui oscille légèrement entre théâtre et cinéma. « Page 157 » nous plonge dans un univers énigmatique, dans l’univers intrigant d’un dénommé Phil Légaré.

Cette pièce signe surtout la première apparition au théâtre – plutôt réussie – de Wilfried Romoli, danseur étoile du ballet de l’Opéra national de Paris. Wilfried incarne le rôle de Phil, un type sombre et mystérieux, au chômage depuis trois ans et récemment quitté par sa femme. Le danseur irradie la scène par sa grâce, sa présence. Son corps est extrêmement souple, réfléchi, contrôlé. Mais c’est un danseur qui sait aussi poser sa voix, être dans le rôle.

Tatiana Djordjevic

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