Trop de concept tue le concept ?
Qu’est-ce que la « danse contemporaine » ? Tout et son contraire : à la fois les ballets de Nijinsky, les spectacles de Pina Bausch, de Merce Cunningham, de Raimund Hoghe… ou la dernière création de Jennifer Lacey et Nadia Lauro. « Les Assistantes » s’inscrit autant dans le registre de la danse que de la performance, en mêlant moments chorégraphiés et situations quotidiennes. Il s’agit d’explorer le rapport entre l’individu et la vie en communauté. Bien que le propos soit intéressant, rien d’extrêmement novateur vient étayer cette conceptualisation du quotidien. À moins que j’ai raté quelque chose d’essentiel…
Avec un spectacle comme celui-ci, tous les critères de la critique sont chamboulés. Les attentes du spectateur ne sont pas systématiquement satisfaites, et ceci dès le départ. Une des danseuses nous prévient : « Il va falloir combattre la tentation de partir pendant le spectacle. Ce n’est pas forcément mieux ailleurs ». Au moins, on est prévenu !
Anne Losq
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L’amour, quelle idée loufoque !
Entre « 1984 » de George Orwell et « le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley, « Shhh » nous plonge avec un humour désopilant dans une société totalitaire qui confine à l’absurde.
Régie par la loi d’Harmonisation sociale, où rien ne se mélange et tout se monnaye en cookis, cette société est parfaitement réglée, surveillée, contrôlée, policée. Dans cet univers, délirant ou oppressant selon le point de vue, tout se paye comptant et par avance, après avoir rempli et déposé le formulaire ad hoc : rencontrer une inconnue (à condition qu’elle soit de son district et de son niveau social), se disputer avec son mari, prendre un café, entrer dans un « petit coin de défoulement émotionnel ».
Olivier Pradel
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Je te plumerais !
« Alouette » est le titre d’un roman hongrois de Dezsö Kosztolànyi, mis en scène par Sylvia Folgoas au Théâtre Daniel-Sorano de Vincennes. Une seule actrice nous transmet le texte, un pianiste l’accompagne. Un moment qui ressemble à une histoire que l’on écouterait au coin d’un feu de cheminée.
Deux vieux parents vivent dans une petite ville avec leur vieille fille d’Alouette. Elle a trente-cinq ans, est laide et pleine de soupirs, n’a aucun soupirant. Celle dont le prénom lui va comme un vêtement d’enfant que l’on s’obstinerait à porter alors qu’il n’irait plus part chez son oncle une semaine. La séparation est lourde en émotions, mais bientôt les deux vieux se sentiront plus légers : être enfin seuls les conduira à renouer avec une vie mise en veille depuis leur retraite, depuis que leur cercle social s’est réduit à une trinité compacte.
Claire Néel
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The show must go on
Le comédien Régis Goudot, dirigé par Didier Carette, offre une interprétation virtuose, sensible et sensuelle d’une des dernières œuvres de Copi, « le Frigo ». Une pièce poignante, où le ballet extravagant des masques exorcise l’angoisse, la solitude, la mort et le besoin d’amour.
Copi, auteur franco-argentin, s’exile de Buenos Aires à Paris dans les années soixante. Il devient rapidement une figure emblématique et déjantée de l’affirmation du mouvement gay. Quelques années plus tard, il est emporté, comme tant d’autres, par l’épidémie du sida. En 1983, il se sait déjà condamné lorsqu’il écrit le monologue du Frigo : il compose alors une pièce émouvante qui nous entraîne au cœur même du drame de l’artiste.
Diane Launay
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Entre illusions et désillusions
Le plateau du Rond-Point s’est transformé en piste aux étoiles pour accueillir deux grands artistes de la saga Chaplin : Victoria, fille de Charlie et sœur de Géraldine, et Jean-Baptiste Thiérrée, son mari, sont les parents de James Thiérrée, l’inventif homme-orchestre de « la Symphonie du Hanneton », récompensée par quatre Molières en 2006. Ces parents terribles réveillent notre imaginaire enfantin par un art purement visuel, où se mêlent tours de magie, numéros de clown et contorsionnisme. Mais l’ensemble, alternant gags et acrobaties, manque de sens, et le comique de répétition finit par nuire à la poésie du merveilleux.
Estelle Gapp
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Une dame qui en impose
« Palatine » est le fruit d’une longue complicité entre Jean-Claude Séguin et Marie Grudzinski : le premier a picoré dans la prolifique correspondance de la duchesse d’Orléans, princesse à la cour de Louis XIV, incarnée avec truculence par la seconde.
On entre dans cette pièce avec l’épouse de Monsieur, on en sort avec Madame. Tant il est vrai que Marie Grudzinski redonne vie à Charlotte-Élisabeth « de Bavière », princesse méconnue et belle-sœur du roi. Et nous la livre presque sans fard, avec un style savoureux, où le trivial est des plus élégants. La Palatine porte en son accent et jusqu’en son nom la nostalgie de sa lointaine Heidelberg. Mais, au fil d’un règne qui n’en finit pas, elle saura conquérir le cœur du roi, qui l’apprécie pour sa liberté de ton, et l’intimité de son volage mari.
Olivier Pradel
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La constante inconstance de la jeunesse
L’air de rien, la compagnie du même nom nous propose, avec l’actualisation de « l’Importance d’être constant » de Wilde, un spectacle frais et dynamique sur une jeunesse frivole en quête d’un peu plus de constance.
Qui mieux qu’une compagnie versaillaise pouvait monter l’Importance d’être constant ? Il est, dans le climat particulier de cette ville, où les gens bien nés excellent dans l’entre-soi des rallyes, un air de famille avec la haute société londonienne que dépeint Oscar Wilde, avec un délicieux anticonformisme et un beau sens de la formule.
La pièce de Wilde nous entraîne dans le petit monde de deux amis londoniens, dont les parties de campagne sont l’occasion d’histoires de cœur surannées. Astrid Hauschild nous en propose une adaptation quelque peu actualisée, dans un décor warholien aux couleurs acidulées, en une efficace mise en scène, préférant le tango au rock à quatre temps.
Olivier Pradel
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Un cœur gros comme ça !

Depuis le temps que vous leur dites que le théâtre c’est génial et que vous désespérez de trouver un spectacle qui vous donne raison. En voici enfin un ! « Jojo au bord du monde » de Stéphane Jaubertie, mis en scène par Nino D’Introna. C’est au Théâtre de l’Est-Parisien prétendument pour les mômes (dès 10 ans). Et puis quoi encore ? Pourquoi n’y aurait-il que les mômes qui auraient droit à du grand théâtre ?
Jojo est un petit garçon qui a pour seul compagnon un ballon dégonflé et pour terrain de jeu une rue où personne ne passe. Sauf ce soir-là : Anita, une fée au chômage, affligée de sa maman-fée qui perd la boule. Et pas seulement celle de cristal ! Anita ne peut plus la lâcher d’une pantoufle de vair.
Olivier Pansieri
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Cour de miracles
Qu’est-ce que l’homme ? Un animal poussé et trahi par ses instincts ? Un être raisonnable créé par Dieu à sa ressemblance ? Ni plus ni moins qu’un fatras de chair et d’os voué à se gâter et disparaître, rien d’autre qu’un « fou dans sa propre maison ». Un spectacle de cette déchéance humaine, tel est le point de mire de la mise en scène d’ouverture du Festival de Rhénanie du Nord-Westphalie à la MC 93 de Bobigny. Un théâtre qui se distingue par une politique culturelle cosmopolite et xénophile.
Pour subvenir aux besoins de Marie et de leur enfant, le jeune soldat Woyzeck se démène pour gagner quelques sous. Au service d’un capitaine autoritaire ou cobaye ridicule d’un médecin, il est piétiné par la société. Lorsque l’infidèle Marie cède aux avances d’un tambour-major de passage, égaré par la jalousie et en proie à la folie vengeresse, Woyzeck la tue. Büchner s’était inspiré d’un fait divers de son époque, de l’histoire d’un soldat du nom de Woyzeck, qui avait assassiné sa maîtresse à Leipzig en 1821.
Claire Stavaux
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Perplexe…
Dernier volet du « Triptyque du pouvoir » mis en scène par Guy Cassiers, « Atropa . La vengeance de la paix » joue l’agonie du pouvoir au Théâtre de la Ville. Un grand déploiement de moyens, une extrême sobriété de jeu et un élan global plutôt statique laissent une impression étrange, des sentiments contradictoires…
Tom Lanoye est flamand, il écrit cette pièce en néerlandais (surtitrée en français au Théâtre de la Ville) et en alexandrins. Il s’est inspiré des tragédies grecques d’Euripide et d’Eschyle, des tragiques répliques contemporaines de MM. Bush et Rumsfeld, ou encore du journaliste et diplomate italien Curzio Malaparte. La guerre de Troie a eu lieu, Agamemnon est face à ses victimes, six femmes. Il s’est gargarisé de son pouvoir jusqu’à l’empoisonnement, il chute désormais. Les discours et la force des femmes meurtries finissent de l’ensevelir dans une solitude hantée.
Claire Néel
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